A.Vogel Blog
 

« J'ai rencontré le chef des Indiens Oglala Lakota "Elan Noir" dans les années 50. Il parlait parfaitement l'anglais en plus de sa langue tribale d'origine, et nous avons ainsi eu la possibilité de parler de notre passion commune des plantes, et de leurs pouvoirs curatifs.

Nous partagions également nos idéaux, notamment la conviction profonde que la nature est la création du grand artiste de l'univers, mais aussi celle de la responsabilité de l'homme envers la nature, quand il se contente d'en profiter et de l'exploiter, au lieu d'assurer sa survie et de la protéger.En raison de cette attitude spirituelle commune, une amitié sincère et profonde est née entre nous.

Nous avons beaucoup parlé de l'alimentation et des plantes curatives.Son opinion était claire : "L'homme blanc, asservi par ses habitudes et conventions, demande trop aux pouvoirs régénérateurs intrinsèques qui lui sont donnés par la nature, et il est souvent le premier responsable des maladies qu'il subit". Il avait sa manière à lui, très personnelle, pour exprimer cette idée.

Grâce à lui j'ai appris le pouvoir curatif de différentes plantes qui poussent dans la région du Dakota du Sud, où il vivait avec sa tribu.

Il avait un respect tout particulier pour une plante qu'il considérait comme "sacrée", l'Echinacea avait sauvé bien des vies lors de situations critiques, et ses ancêtres l'utilisaient dans les cas d'empoisonnement du sang. Même dans les cas de morsures de serpents, son action était confirmée.

Il m'a expliqué que lorsqu'une personne était mordue par un serpent, il fallait commencer par sucer la plaie à l'endroit de la morsure, jusqu'à ce que le sang apparaisse. Le poison était ainsi extrait et recraché. Puis il fallait faire mâcher les feuilles et les racines de cette plante par la personne blessée. Le jus était avalé, et la pâte obtenue était appliquée sur la morsure. Il fallait répéter cette opération au minimum 2 fois, et la renouveler tous les jours. Le 4ème jour, les effets du poison avaient disparu, le danger était écarté. On utilisait la même méthode dans les cas de blessures, notamment celles occasionnées par des flèches empoisonnées, mais il fallait que la plante soit rapidement disponible. Et si une personne ne désirait pas attraper froid lors des périodes de mauvais temps, il lui suffisait de mâcher des feuilles ou des racines de cette plante pour devenir résistant à ce que l'homme blanc appelle les risques d'infection.

Il m'a montré 2 variétés de plantes. J'ai établi qu'il s'agissait en fait d'Echinacea augustifolia et d'Echinacea purpurea. Il m'avait expliqué que ces 2 plantes avaient une effet similaire. Comme on m'avait raconté tant de choses merveilleuses au sujet de l'Echinacea, je me suis dit que c'était trop beau pour être vrai. J'ai emporté ces graines et les ai fait pousser dans mon jardin de Teufen avec succès, aussi bien en plaine qu'en altitude et jusqu'à 1600 mètres. Au départ, l'Echinacea était sensible aux gelées en altitude. Il a fallu 10 ans d'efforts d'acclimatation pour la voir finalement fleurir.

Un jour, en fauchant une berge escarpée, je me suis profondément entaillé le pied. Par négligence, je n'ai pas immédiatement désinfecté la plaie. Une ligne bleu violacé remontait le long de ma jambe, et les ganglions lymphatiques enflaient au niveau de l'aine. J'ai pensé que c'était le moment de mettre cette plante indienne à l'épreuve, et j'ai suivi scrupuleusement la méthode enseignée par "Elan Noir". J'ai enveloppé toute ma jambe avec des feuilles broyées, j'en ai mâché quelques-unes et en ai avalé le suc. J'ai même mangé la plante entière. Je fus abasourdi de constater à quelle vitesse toute l'infection et l'inflammation disparurent. Dès lors, je fus convaincu de la véracité des propos du chef indien.»

Extrait des Carnets de Voyage
Ecrits par Alfred Vogel
29 Septembre 1987

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